Pour le droit de vote à 16 ans ! Les débats constituants débutent !

Posté par le 05/12/2016 dans A la Une, Actus | 1 commentaire

Ce matin a eu lieu un évenement important dans le chemin vers la 6ème République.

Thierry Solère, grand organisateur de la primaire de la droite et porte-parole pressenti du candidat François Fillon, s'est déclaré – à titre personnel – favorable au droit de vote à 16 ans.

 

 

 

 

Sans le savoir, Thierry Solère vient d'entrer dans le débat constituant que nous suscitons depuis plusieurs années.

L'étendue des droits civiques et politiques est une question qui concerne tous les français et ne saurait être discutée en petit comité. Si nous voulons modifier la Règle du Jeu, il faut alors le faire par le biais d'une Assemblée constituante.

Voter et candidater dès 16 ans est un droit nouveau qui est inclus dans le programme l'Avenir en Commun. Pour la France Insoumise, cela fera partie des nombreux nouveaux qui seront conquis lors de l'Assemblée constituante pour la 6ème République qui sera convoquée par décret présidentiel dès le lendemain de l'élection de Jean-Luc Mélenchon.

Notons que Thierry Solère s'exprime à titre personnel, car les partis de la Ve République n'ont pas été conçus pour cela et ne sont pas les cadres adaptés pour mener le grand débat constituant dont le pays a besoin. Les questions constitutionnelles touchent à la conscience de chacun en tant que citoyen, et ne sont pas déterminés par les affinités partidaires. Tant mieux.

Couv Garrido FayardPuisque le débat est ouvert, je vous livre mes arguments en faveur de la Constituante, dont ceux que j'ai déjà avancés dans mon Guide Citoyen de la 6ème République (Fayard).

 

 

 

1) Le vote à 16 ans a été mis en place lors du referendum sur l’indépendance de l’Ecosse de septembre 2014. Il a été plébiscité par toutes les forces politiques engagées dans cet important débat national.

Selon une députée écossaise (SNP), « l’implication des 16-17 ans dans le referendum sur l’indépendance a été un énorme succès et a massivement contribué à l’engagement démocratique dont l’Ecosse a été témoin ». Selon un sondage TNS pour le quotidien The Scotsman, le referendum sur l’indépendence a “énergisé” l’engagement politique dans la jeunesse. Plus de 50% de 16-35 ans déclarent désormais être davantage susceptible de participer à de futurs scrutins. Energie, succès, contribution massive à l’engagement démocratique, n’en jetez plus! Le bilan de la participation des plus jeunes est unanimement positif.

Il est vrai que ce referendum avait finalement les contours d’une Constituante. En effet, affirmer l’indépendance d’une nation c’est à même temps la définir. Ainsi, le débat référendaire a beaucoup tourné autour de l’identité des écossais, ce qui les définit, ce qui les rassemble, pourquoi ils ont le désir de faire peuple ensemble.Obtenir l’indépendance c’était refonder le peuple écossais.C’était fonder le futur de la Nation. Cette projection vers l’avenir justifie en soi que l’on invite les plus jeunes à donner leur avis. Cela passe par l’abaissement l’âge requis pour avoir le droit de voter.

2) En Catalogne, où la question de l’indépendance se pose également au point que la revendication d’une Constituante a été centrale dans la victoire de la liste d’Ada Colau, le vote à 16 ans a également fait son apparition. Le mouvement Procés Constituent, qui porte cette revendication, était à l’origine de la démarche citoyenne pour les élections municipales. Dans les assemblées citoyennes de la liste Barcelona en Comú qui a gagné les élections de mai 2015, les jeunes ont eu le droit de voter dès 16 ans.

3) En France, nous en sommes au stade la plainte – justifiée – contre la gérontocratie. Au point que récemment certains ont préconisé d’une limite d’âge pour les députés et sénateurs, fixée à 70 ans. En juin 2015, le groupe de réflexion France Stratégie a remis un rapport au Ministre des Sports et de la Jeunesse allant dans ce sens. Il préconise également une limitation des cumuls de mandant à .. 3 mandats successifs. Il y a encore du chemin à faire ! Le député UMP de Vendée Yannick Moreau avait co-rédigé un rapport similaire en 2012 préconisant de restreindre l’éligibilité à 67 ans. Dans une coversation privée qu'il me pardonnera de dévoiler ici, l'écrivain Erik Orsenna m'a dit être favorable à une pondération du droit de vote de chacun en fonction de l'âge. En prenant comme référence les statistiques sur l'espérance de vie, on affecterait la voix de chaque citoyen d'un coefficient. Les voix plus proches de l'âge français d'espérance de vie vaudraient moins que celles des jeunes qui en sont loin. Idée farfelue car elle touche au principe fondamental d'égalité des droits mais elle révèle une chose, c'est qu'il faut bien répondre au problème et mieux prendre en compte les germes du futur que sont les jeunes.

4) Les suites du mouvement contre la loi El Khomri. Premier grand mouvement sur les conditions de travail de tous les salariés déclenché directement par les lycéens, ce  mouvement est né plusieurs mois avant le débat parlementaire, période à laquelle les syndicats se mobilisent habituellement. Logiquement, le protagonisme particulier des plus jeunes a conduit à des revendications civiques. En effet, dans cette affaire, ils ont fait preuve de plus d’esprit civique que leurs aînés. C’est ainsi que l’UNL, premier syndicat lycéen, revendique désormais le droit de vote à 16 ans. Comment les applaudir lorsqu'ils organisent des mombilisations d'intérêt général mais les brimer lorsqu'ils revendiquent légitimement une existence civique complète ? Ce serait incohérent. Ou alors il faut interdir aux mineurs de manifester. Impensable !

Bien sûr, il faudra entendre certaines objections sensées et y répondre.

5) Articulation avec l’ordonnance de 1945 sur la jeunesse délinquante : L'Ordonnance de 1945 protège à juste titre les mineurs délinquants en les considérant d’abord comme des enfants en danger. Mais en droit, les deux âges ne sont pas corrélés. Nous sommes pour défendre et préserver l’Ordonnance de 1945 et maintenir l’âge de la majorité pénale à 18 ans. En toutes hypothèses (vote à 16 ans ou non) l’Ordonnance de 45 est fortement attaquée, et encore plus depuis que des mineurs ont été arrêtés dans le cadre de projets « terroristes à l’appel  de Daesh ». La question de la jeunesse délinquante est importante et complexe, et en définitive on voit mal en quoi l’accession à la plénitude de citoyenneté serait contre-productive dans la lutte contre la délinquance des jeunes.

6) Articulation avec les Conventions de l’OIT : L’OIT fixe des règles fondamentales sur l‘interdiction du travail des enfants (Conventions de l’Organisation internationale du Travail n°138 (1973) sur l’âge minimum et n°182 (1999) sur les pires formes de travail des enfants). Il ne faut surtout pas que l’acquisition de nouveaux droits pour les jeunes se fasse à leur propre détriment. En l'occurrence il n'y a pas de risque car le respect des normes fondamentales de l’OIT concernant le travail des enfants n’est en rien remis en cause par le droit de vote à 16 ans, bien au contraire. L’accès à la citoyenneté est l’occasion de renforcer la compréhension de ces normes fondamentales au travail.

7) Articulation avec l’âge d’obligation scolaire : France Insoumise propose de porter l'âge d'obligation scoalire à 18 ans, plutôt que 16 aujourd'hui. Jumeler le droit de vote à 16 ans avec une scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans crée une dynamique vertueuse, car les jeunes de 16 à 18 ans ont le droit (l’obligation) de participer à la vie civique alors qu’ils sont encore « sous main » de l’école, ce qui donne une fonction et une justification encore plus importante à ces deux années supplémentaires de scolarisation, alors que le discours dominant voudrait qu’à cet âge la formation vise essentiellement la préparation à l’insertion sur le marché du

On dira aussi que les jeunes sont trop.. jeunes. Trop dociles ou trop fougueux, en tout cas trop manipulables.

8) Il faudra réfuter ces à priori comme on le fit jadis pour les femmes. On dira : « ils voteront comme leur diront leurs parents » comme on disait « elles voteront comme le prescriront leurs maris, voire le curé ». L’argument ne tient pas sur le long terme, et si la question de la manipulation (par les sondages et medias notamment) se pose effectivement, elle se pose pour tout le monde. On dira que la mobilisation des jeunes est une démagogie destinée à fausser les résultats électoraux. Relevons qu’en Ecosse, selon un sondage commandé par un Lord Conservateur, les 16-17 ans ont voté à 71% pour l’indépendance. Donc leur n’a pas changé l’issue du scrutin, puisque c’est le non qui l’a emporté.

8 ) Le cerveau humain se développe jusqu'à .. 25 ans ! Les plus récentes recherches montrent que le cerveau ne finit son développement qu'aux alentours de 25 ans. Sur le site NPR, Sandra Aamodt, spécialiste en neurosciences, s'appuie sur des scanners de cerveau pour appuyer cette hypothèse. "Les changements qui surviennent entre 18 et 25 ans sont la continuité d’un processus qui commence vers la puberté, ainsi les jeunes de 18 ans ne sont qu’à la moitié de ce processus. Leur cortex préfrontal n’est pas encore complètement développé", détaille-t-elle.

Le cortex préfrontal sert à prendre des décisions, à planifier, organiser notre comportement, pour atteindre un but. Ce n'est pas la seule partie du cerveau qui ne serait pas assez développée. Elle ajoute que tout le système de récompense du cerveau, qui permet de s'intéresser à certaines situations pour y gagner quelque chose, "s'active pile à la puberté, puis va graduellement vers un niveau adulte, qu'il atteint aux environs de 25 ans". Une étude publiée en 2005 soutient ces propos.

Faudrait-il alors imaginer une majorité civile à 25 ans? Probablement pas. Les sociologues, notamment, ont réagi négativement à l'annonce des psychologues anglais du recul du curseur de l'entrée dans l'âge adulte. Frank Furedi, sociologue à l'université de Kent (Angleterre), reproche sur la BBC une "infantilisation des jeunes", ce qui accroît le nombre de personnes à vivre encore chez leurs parents à 20 ans.

Encore une fois, même si le cerveau continue à évoluer jusqu'à 25 ans, cela ne veut pas pour autant dire qu'à 18 ans, on est incapable de prendre une quelconque décision, ni d'assumer ses responsabilités. Comme le soulignait Angélique Kosinski Cimelière, la prise de responsabilité dépend souvent de l'environnement dans lequel on évolue [extraits de http://m.huffpost.com/fr/entry/5556020].

9) D'autres pays ont ouvert ce droit : le droit de vote à 16 ans existe notamment en Argentine, Nicaragua, Équateur et au Brésil.

Conclusion

L'objectif de la Constituante pour la 6ème République est d'élargir une démocratie qui est viellissante, fatiguée, infantilisée et atrophiée. Pour revivifier tout cela, il faut des droits nouveaux, comme le droit de révoquer les élus, comme la prise en compte du vote blanc dans le suffrage exprimé, et comme d'autres modalités de démocratie directe et permanente. Mais il faut aussi du sang neuf. Je dis donc bienvenue aux jeunes et je vous invite tous à poser cette question lors de vos dîners de fêtes de fin d'année. C'est comme cela que se forgera l'inélucatble passion constituante qui est une perspective positive et enthousiasmante dans ces temps, pathétiques et monstrueux, de fin de règne. La Ve République se meurt.. Vive la 6ème République !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1 commentaire

  1. Enfin, la constituante commence a prendre forme, 

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