Vote obligatoire et seuil de représentativité

Posté par le 15/04/2015 dans A la Une, Actus | 2 commentaires

Le vote obligatoire est-il une ultime manœuvre de l’oligarchie pour « nous pousser à voter pour n’importe quel guignol » ? Ou est-ce la reconnaissance, par le système oligarchique, de son propre défaut de représentativité ?

Probablement les deux ! Du coup, il faut engager ce débat sereinement et les prendre au mot. Oui, nous voulons un système réellement représentatif, et oui, dans certaines conditions, le vote obligatoire peut nous y aider.

Rappelons que l’abstention ne touche pas uniquement mais elle touche principalement les classes les plus dépossédées économiquement. L’abstentionniste-type gagne peu, est faiblement diplômé, vit dans des quartiers de la périphérie laissés pour compte par les pouvoirs publics et les élus. Autrement dit c’est précisément ceux qui ont le plus intérêt à changer le système qui ne participent pas au processus qui devrait – en principe – permettre de le changer.

Ce paradoxe est facilement explicable. Einstein, je crois, disait que faire plusieurs fois la même chose en espérant à chaque fois un résultat différent est la marque de la folie. Il en va ainsi pour le vote. Voter une fois, deux fois, trois fois, pour que les choses changent et constater d’une part que les élus changent de programme comme ils changent de slip, et d’autre part que le système électoral exclut les formations les plus subversives par rapport au régime oligarchique, cela en dégoûte logiquement plus d’un. C’est rationnel.

Face à ce phénomène, il va de soi que la meilleure réponse réside dans la convocation d’une Assemblée Constituante qui donnerait à chacun le pouvoir réel d’édicter de nouvelles règles fondamentales, en bouleversant le vieux système représentatif – qui n’a de représentatif que son nom – par l’adjonction d’une bonne dose de démocratie directe.

En plus des référendums d’initiative citoyenne qui permettent au peuple d’intervenir directement et en temps réel sur le programme de gouvernement, une 6ème République réellement démocratique laisserait le dernier mot au Peuple sur la pérennité des mandats d’élus. L’instauration du droit de révoquer signalerait en effet un changement fondamental de relation entre le mandant et le représentant.

Ces mesures de contrôle citoyen, dont on présume qu’elles favoriseront la participation et dissuaderont l’abstention, sont-elles incompatibles avec le vote obligatoire ? A mon sens, non. J’en ai assez de constater que le comportement des « élites » politiques d’une part et celui des médias (information, divertissement..) conduisent à expulser les classes populaires de la vie civique. Pour moi, on est victime de l’abstention, pas coupable. Du coup, je vois le vote obligatoire comme l’acquisition d’un nouveau droit, d’un pouvoir nouveau, et, pour une fois, pas pour les classes possédantes.

Bien sûr, cela ne vaut que si les citoyens ne sont pas obligés de donner une légitimité non-méritée aux mêmes politiques en place. Du coup, le vote obligatoire n’a de sens que s’il s’accompagne d’un seuil de représentativité. Concrètement, si le vote blanc est tel que le nombre de votes « exprimés » n’atteint pas un seuil minimal (à définir), alors le « vainqueur » n’est pas élu et on recommence l’élection.

Dans la configuration d’un scrutin proportionnel par liste, qui serait logiquement mis en place si l’on recherche une meilleure représentativité, il faudra atteindre un seuil minimal de votants pour combler tous les sièges à pourvoir. Si le nombre de votes exprimés est insuffisant, on ne pourvoit pas tous les sièges et on recommence l’élection pour le reliquat.

Je rappelle que cette semaine un sondage affirme que la majorité des français sont favorables à la proportionnelle. Je ne crois pas aux sondages, mais ce résultat me semble logique, si l’on se fie aux résultats électoraux. La majorité des français ne se sent pas représentée dans le système électoral actuel. En général, les candidats qui arrivent au second tour ont recueilli entre 10 et 15% des voix, rapportés aux inscrits. C’est très peu. Pour ceux qui aiment les sondages, je rappelle que selon 20minutes.fr les français sont également favorables au droit de révoquer les élus. Le possibilité de destituer les élus est également une des propositions phares du Rapport Nadal rendu au Président de la République en janvier 2015, rapport dont je conseille à tous la lecture, surtout le chapitre IV "Améliorer la sanction des manquements à l'exemplarité" et son sous-chapitre 2 "Priver les élus non-exemplaires de leur mandat".

Pour conclure, je veux dire à quel point cette discussion mérite d’être ouverte à tous. On ne peut pas se proclamer favorable à "l’engagement républicain" et mener tous ces débats en chambre. Nous avons tous notre mot à dire sur le fonctionnement de notre démocratie. Voilà pourquoi le vote obligatoire avec seuil de représentativité, comme la proportionnelle, comme le droit de révoquer, comme toutes les autres propositions qui existent, doivent être délibérées dans une Assemblée Constituante pour la 6ème République.

2 commentaires

  1. A mon sens le manque de représentativité de l'oligarchie ne tient pas à un manque de bulletins de vote dans l'urne mais au fait qu'elle ne respecte pas les décisions du corps électoral ('non' au référendum sur la constitution européenne de 2005), qu'elle ne respecte pas le programme qui est présenté et défendu pendant la campagne électorale et qu'elle met en place des mécanismes dictatoriaux (Ex. : traités européens qui permettent à Junker de déclarer impossible pour les citoyens de changer les politiques par leur vote !) .

    Pour moi la révocation d'un élu n'est pas un mécanisme suffisamment fort pour contrebalancer le caractère oligarchique du système représentatif. Rejouer l'élection en cas de forte abstention ne ferait que jeter de la confusion et du découragement. Et en quoi l'offre politique se trouverait meilleure la seconde fois ?

    Il faut entamer le monopole de l'oligarchie à gouverner. Le système représentatif ne doit plus être la seule norme. Les citoyens ne doivent plus se résoudre à seulement désigner un représentant mais prendre directement des décisions. Et tant qu'à faire, être dans les meilleures conditions possibles pour le faire. Un système d'assemblée par tirage au sort est une voie que l'on ne peut plus écarter.

    Pour avancer vers la démocratie, il faut dans un premier temps rechercher un régime où la démocratie cohabite avec le système représentatif. Personnellement, J'aime bien l'idée que le taux d'abstention décide du nombre de places cédées à l'oligarchie et du nombre de places confiées à des citoyens tirés au sort. Si l'offre politique n'apparaît pas crédible alors on peut par son abstention décider d'un autre mode de gouvernement.

     

  2. Ouf, je vois que je ne suis pas trop déconnant dans ma réflexion sur le sujet, notamment à propos de la nécessité de tenir réellement compte du vote blanc… et de recommencer l'élection en cas de proportion importante. Voilà qui redonnerait goût aux citoyens de voter s'ils avaient un réel pouvoir. Mais je crains que ce ne soit le nouvel hochet à la mode de ce gouvernement là, pour calmer les tensions et la colère… http://gauchedecombat.net/2015/03/13/francois-de-rugy-le-vote-cest-comme-le-pinard-ce-devrait-etre-obligatoire/

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