Grèce: la troika change les règles électorales!

Posté par le 24/02/2014 dans A la Une, Actus | 2 commentaires

Décidément, les bribes d’imagination qui restent aux gouvernements oligarchiques européens pour tordre la démocratie afin de maintenir à distance, dans une dernière manœuvre, les aspirations populaires, sont bien pâles. Elles n’en sont pas moins révoltantes. Jean-Luc Mélenchon et Martine Billard ont dévoilé aujourd'hui à la presse les nuanciers qui seront utilisés par le Ministre de l'Intérieur pour comptabiliser les listes aux élections municipales. Sans vergogne, ils nient tout simplement l'existence de listes autonomes Front de Gauche et de candidates et candidats FDG non-encartés.

Ces méthodes sont typiquement austéritaires et elles sont à l'oeuvre partout. Regardons ce que subissent les grecs.

Tout le monde sait très bien que le cas de la Grèce est décisif pour l’avenir du continent : d’abord parce qu'il fut un laboratoire chimiquement pur de la stratégie du choc appliquée par la Troïka, ensuite parce que Syriza, qui représente le seul mouvement de combat radical contre la classe dominante constituée des néolibéraux de tous ordres, est en train devenir majoritaire dans le pays, à quelques mois à peine des élections européennes. Si le maillon grec saute, c'est ainsi toute la chaîne austéritaire européenne qui se trouve ébranlée.

Pris de panique, le gouvernement de coalition grec (Pasok et New Democracy) a donc décidé de manipuler sans préavis les règles électorales afin de contrarier les possibilités de renversement politique : il souhaite en effet que les scrutins de liste partidaire soient remplacés par l'élection directe des candidats. Ce qui semble être une simple nuance technique influence en réalité l’issue du scrutin et le visage de la campagne de manière décisive. Choisir la liste de parti, c’est donner la prime aux programmes. Choisir l'élection directe des candidats, c’est privilégier la reproduction des notables installés au détriment du débat public. Cette cynique manœuvre a donc pour seul but non pas de servir la démocratie mais de sauver un gouvernement aux ordres de la Troïka et qui n’a plus la moindre popularité en Grèce, où la récession économique s’aggrave année après année. Ou du moins d’atténuer le revers électoral qui s’annonce.

Les socialistes au pouvoir ne sont pas exempts de ce genre de tambouille pour tenter de dissoudre le moment démocratique que constituent les élections intermédiaires, européennes au premier chef. On se souvient que le PS a toujours milité pour que les élections européennes soient nationalisées : c’est-à-dire que les huit grandes régions qui font office de circonscriptions d’occasion – découpées arbitrairement et qui ne correspondent à rien de cohérent politiquement – soient supprimées afin d’instaurer un scrutin de liste nationale (chaque parti présente sa liste au niveau national et les sièges sont distribués à la proportionnelle).

Ce retour au niveau national aurait permis de mobiliser l’ensemble des citoyens et d’accroître le débat européen dans l’espace public, au moment où l’obéissance suicidaire aux règles austéritaires édictées par une commission sans légitimité électorale ruine l’économie comme la démocratie. Mais, comme d’habitude, corrompu par l’exercice du pouvoir propre à la Ve République, le PS a décidé de s’asseoir sur ses promesses et s’est finalement opposé à remettre en place les règles du jeu, dont il est hélas le seul maître aujourd’hui. Le Parti Socialiste et François Hollande avaient reconnu que ce mode de scrutin était injuste et qu'il fallait revenir au scrutin unique. Le Gouvernement et la majorité s'étaient engagés auprès du PRG notamment, lequel avait déposé une proposition de loi allant dans ce sens. La Proposition de loi PRG avait été adoptée en première lecture au Sénat, avec le soutien du groupe socialiste. Il ne restait donc plus qu'à l'adopter à l'Assemblée Nationale. Avec l'accord du PS, le PRG a utilisé sa niche parlementaire pour déposer la loi, qui fut mise à l'ordre du jour de l'Assemblée Nationale le 28 mars 2013. Mais le texte fut rejeté. En effet, François Hollande avait changé d'avis entre-temps.  Objectif : dépolitiser autant que possible le scrutin et jouer sur les baronnies locales sur lequel repose aujourd’hui le Parti socialiste, vaste machine électorale qui ne tient plus que par ses notables.

Le taux d’abstention en 2009 était pourtant de 56,6 % (!). Mais le PS semble bien peu se préoccuper de la vitalité démocratique du pays depuis qu’il est engoncé dans les privilèges du pouvoir. Il a également tenté une autre manoeuvre extraordinaire, celle de supprimer l'envoi de matériel électoral par la poste pour les européennes! C'était une idée brillante conçue dans le cadre du "choc de simplification". Heureusement cette idée folle n'a pas prospéré car même les euro-béats l'on trouvée insensée.

Le PS a peur de la sanction populaire, lui qui a trahi en ratifiant un traité néolibéral, celui de la concurrence du tous contre tous, pourtant rejeté par un vote souverain en 2005. Mais nous ne nous laisserons pas faire. À nous de mener cette campagne haut et fort, notamment au moment où se négocie en douce le traité transatlantique avec les États-Unis (GMT)*, qui fragilisera un peu plus notre industrie et jettera toujours plus de travailleurs les uns contre les autres, augmentant de manière insupportable la pression du capital sur le travail. Et qui surtout, en consacrant la justice privée via les tribunaux arbitraux, permettra aux grandes multinationales de violer la souveraineté des États aux noms de la liberté d’entreprendre, c’est-à-dire d’exploiter les gens et saccager l’environnement librement. Ces élections doivent donc être l’occasion d’un grand référendum pour l’abandon du Grand marché transatlantique, pour une bifurcation écologique du modèle productif, la rupture avec le projet de classe austéritaire et le recouvrement de la souveraineté populaire. Cette Europe n’est pas la nôtre, celle du peuple, et nous lui désobéirons sans scrupules. Rendez-vous dans les urnes le 25 mai.

 

*Vous êtes cordialement invités à une réunion publique mercredi soir 27 février où la liste FDG du 12ème arrondissement de Paris, conduite par Alexis Corbière, prendra l'engagement de déclarer la commune HORS-GMT. J'aurai le plaisir d'y faire une présentation des enjeux, aux côtés de l'excellent Raoul JENNAR. C'est à 19h30 à l'EDMP, 8 imp. Crozatier, 75012 Paris.

 

2 commentaires

  1. Ca prouve bien que le vaisseur des austéritaires est une machine branlante de partout. Je pense que malgré tout à la chaîne va rompre en Grèce comme de juste. Cette sordide manoeuvre est à mettre en relation avec la bouffonnerie romaine de la semaine passée où dans un concours de servilité envers la Troïka Renzi a triomphé de Letta. la prochaine fois on suppose que le résultat sera inverse…Et la Nave va….
    Au delà de ça….
    Au delà de l’indignation que ça doit susciter, ça ramène sur le tapis la question que je soulevais il y a quelques mois sur un événement similaire – Chypre en fait, et ici le rapprochement est pertinent – entre la compatibilité à moyen terme (peut être même court) entre la politique économique et monétaire suivie sur la férule de la Troïka et la démocratie. Cet événement n’a rien d’engageant. Il est manifeste qu’ils agissent là sous la trouille de la défaite électorale qui s’annonce certaine au profit de Syriza. En mai 2012, la stratégie de la peur, insulte à la démocratie, avait été utilisée à outrance (avec le renfort du nouvellement élu F. Hollande).
     
    De deux choses l’une où la chaîne rompt très vite ou ça finira vraiment mal. Si on prive le peuple de l’arme du bulletin de vote, il en saisira une autre. Tout ceci est mis en place par gens qui n’ont jamais su sortir d’une crise par le haut.

  2. Merci pour cet article.
    Les catégories retenues par le ministre de l'intérieur sont une honte. Je vois déjà le rouleau compresseur médiatique écraser ou occulter les résultats du Fdg, qu'ils soient bons ou simplement corrects. On compte sur vous pour ne pas les laisser nous endormir comme toujours.
    Pour ma part, je ne crois plus que ces gens soient pour la démocratie, qu'ils soient démocrates. J'y vois une mode, une façon de bien penser des 'honnêtes gens' qui comme au XIXè Siècle s'accomodait au mieux d'un régime qui sous couvert de souveraineté du peuple, permettaient toujours aux mêmes, en règles ou en ruse et subterfuges, de décider et de gouverner. Leur but, désespérer les citoyens, les embrouiller, pour diluer les responsabilités. 
    Découvrez les vidéos sur l'histoire de France d'Henri Guillemin c'est absolument génial pour mieux comprendre la République
     

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